Le Lyaumont, 25 novembre 1998

Cher ami,

Je relis, ou me replonge, pour la nième fois dans Maintenant. Mais ce n'est pas un livre qu'on relit. Car il est neuf à chaque fois. Ce n'est même pas un livre qu'on lit. On en est atteint dès le contact que seule donne une approche intense. Étrange phénomène que celui-là. Non, il ne s'agit plus de "lecture". Mallarmé parlait du "livre" plénier, absolu. Je crois que le vrai livre n'est plus livre, est celui qui se détruit, retourne à la vision qui l'a fait naître et s'y perd. Il est invitation à la vision et s'efface devant elle, n'est plus soi. Maintenant retourne à chaque page à tous les "maintenant" impossibles et presse seulement, mais avec une terrible urgence, de les retrouver, après vous.

Oui, c'est un grand livre que le vôtre, car ce n'est plus un livre comme la plupart des nôtres. Qu'est-ce ?

Je suis, le prenant et reprenant, sous un choc qui n'en finit pas.

Merci au nom de tous ceux qui ne vous le diront pas. Vous n'écrivez pas pour eux. Ni sans doute pour personne.

Je vous serre la main dans un élan affectueux.

Roger Munier